Evian, un crime prémédité en juillet 1938, la honte et la trahison

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Polémique entre honte et trahison ?

La conférence d’Evian de juillet 1938, qui s’en souvient ? Ceux qui en parlent la nomment « La conférence de la honte » ou la « conférence de la peur ». Ne serait-elle pas en réalité « La conférence de la plus sordide des trahisons de l’Histoire  » ?

A Evian, un crime prémédité en juillet 1938, la honte et la trahison

Cette conférence a consisté à anticiper l’un des crimes nazis, en présence des organisations sionistes. Les participants savaient qu’ils étaient en amont d’un drame : « le drame juif est un des plus douloureux de l’histoire contemporaine » (quotidien Le Temps du 8/7/1938).

Cette conférence a été organisée à huis clos, dans les salons du prestigieux hôtel Royal, à l’initiative de Franklin D. Roosevelt, président des États-Unis, du 6 juillet au 16 juillet 1938. Elle s’adresse à tous les pays susceptibles de venir en aide aux réfugiés juifs allemands et autrichiens dépouillés et chassés par le nazisme, peu après l’annexion de l’Autriche (Anschluss), en mars 1938.

La conférence d’Evian passe par une sélection des délégations et organisations invitées et évitées. Elle valide l’existence du Comité intergouvernemental pour les réfugiés (CIR) qui ne sera pas plus opérationnel que s’il n’y avait rien eu de fait.

La présence des organisations sionistes auprès de 32 pays

Tout commence assez mal, puisque la Suisse, où réside le siège de la Société Des Nations (SDN), refuse de recevoir la conférence, laquelle a lieu en France, donc, à Evian.

32 pays sont représentés avec seulement 9 pays européens et 20 d’Amérique latine. Les organisations sionistes sont présentent, dont celle de Golda Meir. Mais il semble bien que les objectifs de ces organisations ne rencontrent pas l’intérêt de recueillir l’ensemble des réfugiés ailleurs que dans un même endroit, sur les terres de Palestine. Le silence retombe à la clôture de la conférence.

Ce silence dans lequel des millions de personnes vont hurler de douleur ne serait-il pas autant celui de la honte que d’une trahison ?

Parmi les absents notables : l’Allemagne n’est pas invitée, non plus le Portugal de Salazar ; l’Italie de Mussolini, qui ne veut pas s’attirer l’hostilité d’Hitler ; l’URSS de Staline joue sur tous les tableaux. Le Salvador rejette l’invitation. Plusieurs pays n’envoient que des observateurs : Hongrie, Pologne, Roumanie et Afrique du Sud.

Livre La conférence de la honte Evian juillet 1938Pays représentés :

  • Australie
  • Argentine
  • Belgique
  • Bolivie
  • Brésil
  • Royaume Uni
  • Canada
  • Chili
  • Colombie
  • Costa Rica
  • Cuba
  • Danemark
  • Equateur
  • Etats-Unis
  • Guatemala
  • France
  • Haïti
  • Honduras
  • Irlande
  • Mexique
  • Nouvelle Zélande
  • Nicaragua
  • Norvège
  • Panama
  • Paraguay
  • Pays Bas
  • Pérou
  • République dominicaine
  • Suède
  • Suisse
  • Uruguay
  • Venezuela

La France et l’Angleterre expliqueront chacune pourquoi elles estiment qu’elles ne peuvent recevoir des réfugiés, ni sur leur sol ni sur celui des colonies. La Suisse se dit saturée. La Hollande, la Pologne, la Tchécoslovaquie font observer qu’elles n’ont pas suffisamment d’espace. Les uns et les autres affirment leur détresse financière. Les Etats-Unis proclament une situation de crise économique.

Au final, la conférence se termine par une déclaration votée par l’ensemble des délégations pour la mise en place d’un Comité intergouvernemental pour les réfugiés (CIR), appelé aussi le Comité d’Évian, qui renvoie les décisions à l’année suivante à Londres. C’est un botté en touche.

Hitler a ainsi la latitude pour mettre en oeuvre la solution finale qu’il avait annoncée dans son discours à Königsberg, avril 1938 où il accusait les juifs d’être des criminels.

Dès le 8 juillet 1938, le New-York Herald Tribune titre : « 650.000 exilés Juifs refusés par tous à Evian. » Et un long silence va suivre. Ne refait-on pas l’Histoire aujourd’hui pour aller dans un seul sens, celui d’un crime commis sans aucune complicité stratégique ?

Le drame de la communauté religieuse juive est l’un des plus douloureux de l’histoire contemporaine, auquel s’est ajouté depuis celui des Palestiniens et de millions d’Africains laissés en marge de l’Histoire décrétée par les dirigeants des pays occidentaux.

A propos de l'auteur

Cité d'Evian est un projet rédactionnel de médiation citoyenne. Il est conçu dans une démarche contributive de développement des initiatives et des projets, visant à concilier objectifs économiques et mieux vivre ensemble.

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