Dates et évènements à Evian-les-bains, du XVIII° au XIX° siècle

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Les affrontements jalonnent l’histoire de la Savoie impliquant parfois rudement les populations du Chablais. Les clans seigneuriaux se disputent des influences et des territoires pour des raisons de point de vue de droit d’héritage, de sentiment de devoir confessionnel ou/et de besoin économique. Cette nouvelle période va cependant voir s’élever l’exigence du respect des droits humains. Parallèlement, des savoirs technologiques vont se préciser et se répandre. La médecine va progresser et les innovations vont aller bon train. A cette époque (XVIII°), le Nant d’Enfer traverse Evian pour se jeter dans le Léman et fait tourner deux moulins. (dont il semble bien qu’il reste quelques traces, plutôt que celles d’une tour…)

La démystification religieuse permet aussi de sortir de l’ère des miracles et de comprendre d’une manière rationnelle la relation des causes et des effets. Antoine Lumière installe une résidence d’été à Evian-les-bains. C’est dans ce contexte général, à la fois très agité et de recherche expérimentale, qu’un concours de circonstances révolutionnaires, d’investissements et d’opportunités vont conduire à la promotion de l’eau d’Evian.

1715 : Victor-Amédée II, roi de Sardaigne, séjourne à Amphion et visite Evian et en favorise la renommée par de nombreux séjours ;

1742 et 1748 : occupation d’Evian par les Espagnols. Le traité d’Aix-la-Chapelle met fin met fin à cette occupation ; Evian est occupée par les troupes espagnoles qui pillent la cité, le pays est acculé à la ruine, le château de Fonbonne n’y échappe pas. Abandonné après le départ des armées espagnoles, il est repris par le duc de Bedford, un membre du parlement britannique. Il vient organiser des fêtes somptueuses qui contribuent à la renommée de la ville au plan internationale ; les vignes et le vin semblent y être pour beaucoup ;

1752 : démembrement de la prévôté du Mont-Joux qui gérait le prieuré de Meillerie. C’est la fin de la vie monastique au prieuré qui devient séculier. L’Ordre des saints Maurice et Lazare reçoit Meillerie. Un curé, Guérin Peillex, originaire de Bernex, est chargé de la paroisse et de l’aumône. Le manque de moyen conduit le prieuré à l’abandon ;

1754 : Jean-Jacques Rousseau découvre Meillerie, cité voisine d’Evian, et y écrit son roman La Nouvelle Héloïse qui est publié en 1761. Lamartine et Victor Hugo y viennent sur les traces de l’initiateur des droits de l’Homme. La région est parcourue par les romantiques déjà en quête d’un environnement préservé, nostalgiques d’une relation originelle avec la nature ;

1769 : découverte des propriétés de la source dite Cachat, selon Charles Besançon, Evian les bains, guide du touriste et du baigneur, 1878 – 6ème année, Genève ed. Librairie Charles Menz

1773 : le duc Benoît Marie Maurice de Savoie et son épouse la duchesse du Chablais, s’installe l’été à Evian, avec une suite de quelques cent personnes ; des soirées sont organisées dans les bois de Saint Offange, par William Beckford. Pour les gens du carnet mondain, la réputation d’Evian commence à se faire ; dans les bois d’Evian et de Maxilly, William Beckford organise des bals en plein air, avec l’autorisation du propriétaire, le baron de Blonay. (cf. Voyage dans la Suisse française et le Chablais, par Alfred de Bougy – 1860) ; William Beckford s’installe quelque temps à Lausanne au moment de la révolution française ;

1790 : (12 juin) Jean-Charles de Laizer arrive à Evian, alors propriété du duc de Savoie. Il quitte la France où il se sent en insécurité. Il se rend à Evian en famille, affecté par une gravelle qui le torture chaque jour. Il est sous couvert de villégiature. Il s’installe chez Gabriel Cachat, quartier de la Touvière, et se rend quotidiennement à la source d’Amphion. Il demeure à proximité de l’Eglise sainte Catherine, là où plus tard sera bâti l’établissement Fauconnet, puis la buvette Cachat ;

1787 : une première maison de jeux est créée à Amphion par la commune d’Evian ;

Jean Charles de Laizer, dit comte de Brion

Dictionnaire de la noblesse, attestant le titre de Jean Charles de Laizer né en 1734, dit le comte de Brion

1789-1790 : Jean-Charles de Laizer, écrit, marquis de Lessert, sur le site de l’eau d’Evian et celui de l’office de tourisme (août 2014), fit la renommée de la source qui l’aurait soigné de ses calculs rénaux. Le patronyme de ce personnage ne se trouve pas écrit de cette manière sur les dictionnaires de la noblesse française. Il s’agit en fait de Jean-Charles de Laizer (né en 1734) nom attribué à une rue par la municipalité en juin 2006. Certains le font un peu vite homme de science auvergnat. L’unanimité se fait sur sa déclaration d’avoir été soigné de calculs rénaux par l’eau de la source d’Evian. La légende est partie, la science a emboité le pas. Ce sera le début de l’exploitation de la source par le propriétaire du lieu, Gabriel Cachat, un commerçant de produits taxés bien avisé ;

1789-1791 : période révolutionnaire en France ; déclaration des droits de l’homme et du citoyen, suppression des corporations, nationalisation des biens de l’Eglise, suppression des ordres monastiques, citoyenneté aux juifs et abolition des restrictions visant les protestants ; abolition des privilèges féodaux, de la noblesse héréditaire et des ordres de chevalerie, suppression du droit d’aînesse et légalisation du divorce, création des départements, indépendance du système judiciaire par l’élection des magistrats ;

1790 : le docteur Tissot attribue à l’eau de la source Cachat « des propriétés adoucissantes » et M. Tillerman, chimiste, y trouve « un principe alcalin d’une nature particulière et des analogies avec le petit lait. ». Les eaux de la source seront dites « savonneuses » pour leur douceur ; Laizer et son épouse occupe une maison de Gabriel Cachat. La belle-fille de Laizer et ses enfants demeurent dans la maison Joudon, dont le fils sera notaire lors du retour en 1851 de Jean-Louis Maurice de Laizer, petit fils de l' »inventeur » de la source ;

1791 : abolition des privilèges, de la noblesse et des titres héréditaires en France ; l’esprit révolutionnaire gagne jusqu’à Thonon où une tentative de prise de la prison a lieu ; Laizer se rend chez le notaire royal Arminjon et fait enregistrer une déclaration de fidélité à l’ancien régime (6 octobre) ;

Cachat était membre du comité révolutionnaire

1792 (an I) : Evian est d’environ 1600 habitants. L’Armée des Alpes française commandée par Anne Pierre de Montesquiou-Fézensac arrive en Savoie, avec quelque 15 000 hommes dont la Légion des Allobroges, dans la nuit du 21 au 22 septembre. L’assemblée de Savoie se constitue. Les procès-verbaux de l’Assemblée nationale des allobroges [21-27 oct. 1792, an 1 de la république française] fait état du renoncement aux noms de Savoye et de savoisiens pour leur préférer celui d’Allobroges, en référence au peuple libre d’avant les féodaux. Les 65 communes du Chablais, ainsi que les 79 du Faucigny et les 116 communes du Genevois, ont chargé leurs députés de demander l’incorporation à la nation française. Le nom de « provinces » est abandonné pour les divisions administratives, celui de « canton » est adopté. Pour le Chablais, le comité de législation est constitué de quatre représentants : Dessaix, homme de loi, Blanc, homme de loi, Betemps, avoué, Folliet, homme de loi. et le Comité de surveillance aussi de quatre membres : Tupin, Dubouloz, Guyot et Cachat.

L’assemblée des Allobroges déclare la fin du despotisme, la suppression des droits féodaux et ecclésiastiques : casuels, corvées et gabelle (sel, plomb, tabac), la fin de la milice et la nationalisation des biens du clergé, du « ci-devant duc de Savoye » et des seigneurs. Le clergé déclare, via l’évêque, son lien avec la « nation allobroge ». Les privilèges et distinctions « qui n’ont été créées que par le délire du despotisme et de la vanité » sont abolis. Les citoyens sont appelés a prêter serments de « fidélité à la nation, à la liberté, à l’égalité et de mourir en les défendant. ». Les conseils municipaux sont présidés par le maire qui est chargé de les convoquer. L’écharpe des représentants municipaux est adoptée.

Les « villes » de l’Allobroge sont : Annecy, Bonneville, Carouge, Chambery, Evian, Moutiers, La Roche, Rumilly, Saint-Jean-de-Maurienne et Thonon. La douane avec la France est supprimée et conservée sur le Piémont, la Suisse et Genève. Les jeux de hasard, considérant qu’ils sont source de corruption, de cupidité et provoquent la ruine des joueurs et de leur famille, sont prohibés. La torture est abolie ; Le commandant de la place de Thonon, un certain Arminjon, intime William Beckford de cesser ses festivités trop propices à des réunions populaires et des mouvements de foule. Il l’invite à quitter Evian ; suite à un décret menaçant également les nobles absents des propriétés pour cause autre que maladie, Laizer quitte Evian pour Lausanne (septembre 1792) où ils vont continuer à fréquenter les Blonay connus à Evian. Laizer suit son traitement désormais préventif. Il correspond avec Cachat qui lui fait parvenir de l’eau de sa source par bateau ; pour cette noblesse réfugiée, cette eau devient-elle un symbole dont elle contribuera à faire la promotion bien après la révolution ; l’armée françaises entre à Chambéry ; le rattachement de la Savoie à la République française est décrétée le 27 novembre ; l’église sainte-Catherine, symbole de l’ancien régime et des méfaits des gens d’église, est démolie par les révolutionnaires ;

Le 27 novembre, officialisation de la réunion de la Savoie à la France. Création du département du Mont-Blanc correspondant aux actuels départements de la Savoie et de la Haute-Savoie

1793 (an II) : destruction des quatre clochers et démolition de l’église Sainte-Catherine de la Touvière (cf. Evian un patrimoine source d’avenir) ; Philippe de Blonay – 1er maire d’Evian après l’arrivée des troupes françaises en 1792 pour aider à la chute de la féodalité, suivie de l’incorporation de la Savoie à la République Française. La Savoie devient le département du Mont-Blanc qui consacre l’annexion de ce territoire jusqu’en 1814-1815 ; un certificat de cure est fabriqué et daté du 19 février indiquant que c’est à la demande de « Lezer », entouré de « personnes dignes de foi » qu’il est certifié qu’il est venu à Evian du 12 juin 1790 jusqu’au 23 septembre de l’année et qu’il y a consommé les « eaux savonneuses ». Cependant, le certificat laisse entendre que la prescription de l’eau aurait été faite par un médecin local, un certain Morand, contre la « maladie de la pierre et gravelle » (F.B.S Evian… p.36) ;

1798 (an VII) : 27 janvier 1798, les troupes du général Antoine-Guillaume Rampon traversent le lac Léman depuis Évian pour occuper Lausanne ; changement de l’organisation territoriale : Bonneville et Thonon sont détachées du département du Mont-Blanc pour former avec Genève, chef lieu, celui du Léman, dont Evian fait partie (jusqu’en 1813) ;

Début du XIX° : le dictionnaire Historique du Chanoine Grillet dénombre 33 sources d’eaux minérales dans toute la Savoie ;

1811 Joseph Bugniet maire d'Evian

1811 Joseph Bugniet maire d’Evian

1800 (an IX) : André Bron, avocat et juge de Paix, adresse une demande au Préfet du Léman pour la création d’un port à Evian. La requête est transmise au ministère et est accepté. Les travaux sont achevés en 1805 ; une route est tracée qui fait d’Evian une ville étape côté français ; les Laizer sont autorisés à revenir en France. Compte tenu de leur départ et qu’ils n’avaient pas répondu à l’injonction de revenir lors du décret du 5 septembre 1792 faisant obligation aux propriétaires terriens de se manifester auprès des autorités révolutionnaires, une grande partie de leurs biens ont été réquisitionnés et répartis auprès des paysans. Ils peuvent néanmoins s’installer à Clermont-Ferrand et Cachat continue d’envoyer l’eau alcaline ainsi qu’auprès des familles de la noblesse française connues pendant la période révolutionnaire grâce à Laizer ; la population d’Evian est de 1523 habitants ;

1805 : discussion au sénat sur l’abandon du calendrier révolution (adopté le 5 octobre 1793) pour rétablir le calendrier grégorien et adoption (22 fructivor = 9 septembre) ; inauguration du premier port d’Evian ;

1806 : mort de Laizer en avril (selon François Breuillaud-Sottas, Evian… p. 35) ; travaux d’aménagement d’Evian. La ville est préparée à la traversée de la route du Simplon. La chapelle du couvent des Cordeliers est détruite. Le quartier des Touvières est restructuré, l’église sainte Catherine a laissé une place que le voisin Gabriel Cachat utilise pour construire le premier bâtiment face au griffon de la source, et y recevoir les curistes, avec son fils, François Cachat, pharmacien ; la ville aménage une promenade publique ;

1807 : le docteur Thiébaud est maire d’Evian. Il écrit que le comte de Laizer : « après un usage de quelques jours, observe une amélioration de son état ordinaire » ; Cachat fait analyser l’eau de sa source par le chimiste Genevois Tingry, membre de la société de physique et d’histoire naturel de Genève. Le mémoire est lu le 14 janvier 1808 devant la prestigieuse assemblée qui apporte ainsi sa caution scientifique ; la famille Blonay implante une manufacture de tissage du coton, mais l’entreprise ne tiendra que quelques années ;

1810 : fin de construction de la route du Simplon qui relie côté français Saint-Gingolph à Genève. Evian devient une ville étape (voir en 1855 : dénonciation de la corruption qui a fait détourner la route du bord du lac lors de la traversée d’Evian) ;

1811 : Joseph Bugniet est maire d’Evian (cf. Annuaire du Département du Léman pour l’année 1811). Il fait don d’un immeuble qui est transformé en hospice, pour remplacer l’ancien donné par la demoiselle Pernette Grenat en 1355 ;

1814 : Louis-François de Blonay devient maire d’Evian ; avec le traité de Paris, suite à l’abdication de Napoléon, le 30 mai 1814, la Savoie est partagée entre la France et les états Sardes (Royaume de Sardaigne, ou Piémont-Sardaigne), avant d’y être entièrement rattachée le 20 novembre 1815. Evian bascule toutefois avec la première partie du département (dite Haute-Savoie) dans les Etats Sardes (Haute-Savoie) ;

1815 : les troupes françaises, commandées par le Général Dessaix, originaire de Thonon, entrent à Evian. La Savoie revient néanmoins au roi du Piémont, Charles IV. Restauration sarde jusqu’en 1848. Régime dit du « Buon Governo » ; le 24 août, la Musique d’Evian participe aux fêtes de retour de la Savoie dans les terres de Sardaigne ;

1819 : un service de diligence est mis en place entre Genève et Thonon ; en saison des voitures publiques vont jusqu’à Evian ;

1822 : les sœurs de Saint-Joseph et les abbés Picollet ouvrent une école et un pensionnat : l’école saint-Joseph qui fusionnera avec l’école saint-Bruno en 1976 ;

1823 : (juin) premier bateau à vapeur sur le lac Léman, le Guillaume Tell (200 passagers) propriété du consul des Etats-Unis en France, Church, qui viendra accoster au port d’Evian ;

1824 : la source productrice de la fameuse eau est nommée par le patronyme de son propriétaire : source Cachat ; un nouveau bateau est mis en service, le Winkelried (300 passagers) ;

1825 : le bateau Le Léman (500 passagers) est lancé sur le lac ; (22 septembre) Gabriel Cachat signe avec François Fauconnet une promesse de vente chez le notaire d’Evian Athanase Bron. Toutefois, la transaction dépend de l’autorisation ducale, la Savoie dépendant alors du roi sarde duc de Savoie installé à Turin ; la municipalité d’Evian envisage la construction d’un port pour les gros bateaux du Léman à l’est de la ville Porte de la Chavanne ;

1826 : Charles-Félix autorise le banquier genevois François Fauconnet a acheter la source ainsi que les immeubles et terrains voisins pour y construire un établissement thermal ; le duc enchanté par Evian, autorise par décret la construction du port et d’un établissement thermal ; le port est inauguré par le gouverneur de Gênes et ne sera terminé que trois ans plus tard ; Evian fait son entrée dans la liste des stations thermales ; le duc autorise la mise en bouteille de l’eau de source d’Évian, alors stockée dans des cruches en terre (voir histoire de l’eau d’Evian) ;

1826-1843 : construction du port d’Evian. L’ingénieur Lecruit en serait le principal architecte (cf. Architecture d’Evian... Janvier 2007) ;

1827 : la famille Cachat revient sur la vente. M. Fauconnet a déclaré son intention d’arracher les vignes sur la propriété dont la production est de 3.000 litres de vin blanc. La famille Cachat reproche à la société des eaux d’avoir saccagé les vignes cultivées en hutins (hautains), soit des vignes en hauteur et plein champs, avec des arbres régulièrement espacés ou seulement des troncs de châtaigniers, et à leur pied une vigne qui grimpait jusqu’aux branches, avec parfois des perches soutenues par des arbalètes. Les avantages étaient voulus multiples, protégeant le raisin des prédateurs à courtes pattes et surtout des caprices météorologiques. On raconte que cette conduite des sarments était motivée par une volonté d’échapper à quelques taxes. C’est possible, mais peu probable. Procès donc avec audience le 28 mars 1828. La famille Cachat reproche aussi à Fauconnet de ne pas tenir son engagement quant à l’emploi de l’ancien propriétaire et ses deux enfants. Les procédure se termineront en défaveur des Cachat. Fauconnet obtient gain de cause en première instance pour la première demande. Quant à la seconde, c’est seulement en appel, devant le Sénat de Savoie, qu’il obtient une décision défavorable au Cachat ; l’établissement thermal Fauconnet est construit sur les lieux de l’église Sainte-Catherine détruite lors de la révolution (Evian – si Evian m’était conté, par Paul Piro, p. 37 ed. Cieopas 2013) ;

1829 : le port d’Evian n’est pas achevé contrairement à ce qui était prévu ;

1830 : les Frères des Ecoles Chrétiennes fondent une école primaire qu’ils gérent jusqu’en 1881 ; Fauconnet se met en retrait de la société des eaux ;

1831 : Gabriel Cachat décède le 11 décembre. Il a 89 ans ; la digue du port encore inachevée est détruite par une bourasque ;

1834 : le port est achevé, entrainant un fort endettement de la municipalité qui ne peut plus améliorer la cité. Un seul réverbère éclaire la nuit devant l’hôtel de ville ; côté Fauconnet, la catastrophe est là. Trop de procédures, une expansion et une fréquentation insuffisantes. La mode a été lancée, mais elle ne bat pas encore son plein. François Fauconnet jette l’éponge ;  l’avocat Bron devient directeur de la société des eaux et rédige de nouveaux statuts adoptés l’année suivante (6 juin 1835). Ces statuts ouvrent à cinq actionnaires le comité de direction (3 auparavant) ;

1836 : (2 août) la compagnie contracte un emprunt hypothécaire auprès de financiers Genevois, les familles Baudit l’Hoste, Deonna, Mussard, Pictet, Stoutz, Vignier et Viguet.

1837 : le docteur Germain Rieux, né à Margencel, propriétaire du manoir de Jouvernex, proto-médecin du Chablais, publie une étude sur « les eaux minérales alcalines d’Evian« . Il écrit le nom de Laizer : « Lessert » et nomme la source Cachat également source de Lessert. Dans ce rapport il cite de nombreux cas tous plus éloquents pour vanter les mérites de l’eau de la source. Il devient directeur de la société des eaux. Auprès du docteur se trouvent deux avocats du Chablais : Basile Folliet (syndic d’Evian) et Jean-Baptiste Nicollet, également juge honoraire ; le docteur fait le constat qu’une méfiance s’est développée concernant la qualité de l’eau qui fait l’objet d’un mélange avec une source voisine (probablement la source des cordeliers). Il fait cesser le mélange est rechercher en profondeur la source Cachat pour en obtenir un débit plus important ; grâce à la promotion faite par le nouveau directeur, 25à à 300 étrangers viennent en station ; la direction de l’établissement thermal est confiée à un certain François Blanc, maître d’hôtel ;

1839 : construction du « Grand Hôtel des Bains », futur Hotel Splendide qui sera rasé en 1983 ;

1840 : les époux Durr succèdent à François Blanc à la direction de l’établissement thermal ; le débit de la source Cachat de 4 litres par minutes est devenu insuffisant, alors les eaux de la source dite Bron, du nom de l’avocat successeur de Fauconnet, sont mélangées à celles de la source Cachat, parce qu’elles sont considérées comme identiques ; les ventes d’eau d’Evian sont de 15 à 20.000 litres ; Rieux invente un appareil pour gazéifier l’eau mais son eau gazeuse n’a pas le succès escompté et l’innovation sombre dans l’oubli. La situation financière ne s’améliore pas ;

1843 : les prêteurs ne sont pas remboursés. Aux noms de tous, Viguet, pharmacien, assigne la société et le tribunal prononce sa faillite. La société créée par Fauconnet est dissoute. Le groupe de financiers suisses se retrouve propriétaire le 21 avril ;

1844 : création de la société des eaux minérales d’Evian (F. Breuillard-Sottas Evian … p.60). Le siège social est désormais à Genève ;

1845 : le docteur Andrieu, d’Evian, publie une notice sur les eaux d’Evian qui valorise la source Cachat ;

1848 : Charles-Albert promet une constitution, le Statuto, promulguée le 4 mars 1848. Parlement élu au suffrage censitaire qui concerne 2 à 3 % de la population ; « expédition des Voraces » : des Savoyards de Lyon tentent d’installer un gouvernement républicain à Chambéry, en vain ; un conflit se déclare entre des commerçants d’Evian (hôteliers et loueurs) et la société des eaux minérales, laquelle déborde sans partage sur les activités des autres acteurs économiques ; le docteur Andrieu publie une deuxième notice sur les eaux ; la vente des eaux atteint 7000 litres ;

1847 : apparition de la légende d’Arnold et Béatrice écrite par Jean-Louis Moré, l’un des principaux actionnaires de la source Cachat ;

1849 : un nouvel hôpital-hospice est fondé grâce au don fait par Joseph Bugniet. Il est situé en bas de la rue de Clermont et remplace celui provenant du don de laDemoiselle Pernette Grenat en 1355 ; les propriétaires de la société des eaux obtiennent l’autorisation de créer un jet d’eau à proximité de leur établissement, alimenté par la source municipale du Miat ;

1850 : l’embouteillage de l’eau de la source Cachat est fait dans l’immeuble Fauconnet, rue nationale. L’eau est amenée par canalisation ; une grande galerie vitrée est créée. Elle surplombe la Grande rue (rue nationale). Le lieu devient un pôle d’attraction pour la société bourgeoise d’Evian, des touristes et des baigneurs fortunés ; la ville de Genève fournit la machine pour désensabler pour le port d’Evian rempli de sable et de graviers. Evian lance un appel à solidarité à toutes les villes françaises du bord du lac. Les travaux durent cinq jours. Il n’y a toujours pas de débarcadère ;

1851 : (1er août) Ernest Chéronnet loue à bail l’établissement des eaux d’Amphion, devenu propriété de la ville d’Evian et abandonné. Il le fait transformer en un grand hôtel. Les jeux de hasard devenant légaux, un casino est créé. Paris voit fleurir des affiches sur ses murs. On peut y lire « Casino d’Amphion, au bord du lac de Genève, même amusement qu’à Baden ou Hombourg » ; mort de Gabriel Cachat (mai) ; le petit fils de Laizer, Jean-Louis Maurice de Laizer (septembre 1781-août 1855), revient à Evian où il avait séjourné avec son grand-père. Il observe que la maison qu’occupait son grand-père a été transformée en établissement ; la source Bonnevie (du nom de l’ancien propriétaire Bennevie) se fait connaître en raison de la déclaration d’un malade qui s’est dit guéri d’une inflammation de la vessie ;

1852 : Alfred de Bougy compte cinq hôtel à Evian : Hôtel des Alpes, Hôtel des bains, Hôtel du cheval blanc, Hôtel de France, Hôtel du nord (Evian et ses environs – 1852) ; le ministère de l’intérieur rejette la demande d’autorisation de pratiquer les jeux à Cheronnet, qui exploitait un casino dans l’hôtel d’Amphion dont les ressources profitaient à la ville d’Evian, propriétaire. La ville d’Evian en arrive à protester dans une délibération de février 1855 où elle indique que la fermeture de ce casino pourrait porter un « coup irréparable … à de nombreuses familles et de nombreuses industries qui s’y rattachent » (on s’éloigne ainsi de l’observation révolutionnaire qui dénonçait l’exploitation de la crédulité humaine) ; la société Bonnevie est rapidement passé à l’embouteillage après l’identification de la similitude de l’eau de sa source avec celle de Cachat ;

1853 : transformation de l’Hôtel des bains en « Grand Hôtel des bains » (il deviendra le Splendide en 1898) ;

1854-1858 : Route consortiale de la vallée d’Abondance, ouverture de la première section entre le pont de Trébillon sur le torrent d’Ugine et le pont de Fontany sous Vacheresse, travaux au lieu-dit Feu Courbe, alignement à Évian ;

1855 : publication de « Quelques jours à Évian (Savoie) : impressions de voyage / par A. C. (A. Chanel) qui raconte le décalage entre la richesse des clients des hôtels et du casino et la misère très répandue dans la population locale. Il décrit la mairie comme une bâtisse qui témoigne du manque d’intérêt des autorités sur la relation avec les habitants. Il décrit la mendicité des enfants et des adultes. Il pointe l’une des conséquences de la corruption qui y sévit : « La route du Simplon créée par Napoléon alors qu’il était premier consul peu de temps après la bataille de Marengo, devait suivre les bords du lac depuis le Bouveret jusqu’à Thonon, mais arrivé à Evian, l’un des ingénieurs cédant à des intérêts de famille, lui fit traverser la ville. En agissant ainsi, cet employé a fait beaucoup de mal, on le reconnait aujourd’hui et on le déplore. » C’est un plaidoyer pour le rattachement à la France qui se fera cinq ans plus tard (référence Gallica.BnF.fr) ; la société des eaux prend part à l’exposition de Paris de cette année là ;

1856 : la congrégation des « missionnaires de Saint François de Sales » d’Annecy ouvrent un collège à Évian ; la société des eaux se lancent dans l’hydrothérapie et s’associe les compétences d’un sommité, le docteur Alexandre Lubanski (1798-1860), professeur en université, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, dirigeant d’établissements ;

1857 : La société Bonnevie est acquise par un homme d’affaire, Michaux ;

1858 : (7 décembre), le roi de Sardaigne habilite la Société Anonyme des Eaux Minérales de Cachat, société sarde. La société des eaux minérales de Cachat est fondée, statut avalisé l’année suivante ; plus de 1500 personnes séjournent à Evian, pour plus de 7 000 bains et 600 douches ; la société des eaux est présente à l’exposition des eaux de Savoie à Turin ; face à) la concurrence, la société Cachat entreprend de canaliser le Nant d’Enfer avec un mur de soutènement qui va de l’établissement jusqu’au moulin ;

1859 : Le Grand Hôtel des bains, dont l’objectif est de concurrencer l’hôtel Beau Rivage, est inauguré. Il peut accueillir à lui seul 100 clients ; la société Cachat devient propriétaire de la source Guillot et de la source Corporeau ; Michaux crée la société des eaux minérales et alcalines de Bonnevie et les « Bains de Bonnevie » (du patronyme Bennevy, ancien propriétaire vers 1850 du terrain sur laquelle jaillissait la source). C’est le premier concurrent très sérieux de la société Cachat. Parmi les actionnaires de cette société dont le siège est à Genève, Ennemond de Blonay et Gaspart Folliet, ce qui assure à la nouvelle société le soutien de la municipalité. L’inauguration de leur complexe a lieu le 10 juillet. L’Hôtel de France accueille un déjeuner avec 5O personnalités, la ville est illuminée et la soirée se termine sur un bal populaire ; la propriétaire de la source de la Versoie, à Thonon, Madame de Lort, en fait don à la ville de Thonon. L’eau est alcaline et aussi faiblement minéralisée que celle de la source Cachat ;

Lettre ouverte des députés savoyards, au président de la Chambre des députés, en faveur de la réunion de la Savoie à la France, le 18 mars 1860.

Lettre ouverte des députés savoyards, au président de la Chambre des députés, en faveur de la réunion de la Savoie à la France, le 18 mars 1860.

1860 : 24 mars, Traité de Turin qui officialise le rattachement de la Savoie et du comté de Nice à la France ; 22 avril, plébiscite en Savoie 130 533 « oui » (ou « oui et zone », pour la Savoie du nord favorable à des liens économiques avec Genève), 235 « non », 71 nuls, soit 130 839 votants pour 135 449 inscrits ; 14 juin, la Savoie est française ; 27 août au 5 septembre, Napoléon III vient à Evian et donne son accord pour nommer la commune Evian-les-Bains ; Folliet Gaspart est élu maire d’Evian (jusqu’en 1869) ; Max Durand-Fardel affirme dans son dictionnaire général des eaux minérales que « rien dans ses propriétés physiques ne dénote la valeur thérapeutique de l’eau d’Evian « qu’il identifie comme « à peine autrement minéralisée que bien des eaux dites potables. » ; un article dans la publication « La nymphe des eaux » (2/12) témoigne du manque d’éclairage au débarcadère, à l’arrivée la nuit du vapeur la Dranse ; Joseph Dessaix, qui dirige et rédige l’hebdomadaire très mondain « La Nymphe des eaux », milite pour l’adjonction de « les-bains » à Evian, pour signaler sa vocation et destination thermale ;

1861 : Ernest Chéronet découvre une source alcaline sur le coteau de son établissement à Amphion. En plus d’un équipement moderne d’hydrothérapie, l’établissement offre des salons de conversation et de lecture. Puis, le gouvernement Sarde rend les jeux illégaux et le casino est fermé. L’établissement est transformé en hôtel thermal. Le nom d’hôtel du Casino lui est attribué, quoi que les autorisations ne soient pas délivrées ;

1862 : les Jardins Anglais sont commencés ; Gaspard Folliet, maire d’Evian, fait construire une digue : l’ouvrage est terminé en 1864 ; Ernest Cheronnet, gestionnaire de l’hôtel d’Amphion, tente une nouvelle fois d’implanter les jeux de roulette sur les rives du Léman, mais il doit faire face à une mobilisation de plus de 5000 pétitionnaires et il n’obtient pas les autorisations ; huit médecins officient à Evian ;

1863 : annonce du rapprochement de la société des eaux Cachat, de la société Bonnevie et de la ville de Thonon

1864 : le port d’Evian est aménagé pour permettre aux passagers d’être plus en sécurité lors de leur embarcation ; Joseph Dessaix, rédacteur de la Nymphe des eaux, fondateur de la société savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, publie « Le guide du baigneur et du touriste » ; la population d’Evian est de 2435 habitants ;

1865 : un décret impérial du 28 janvier consacre l’adjonction de « les-bains » à Evian. Evian devient officiellement Evian-les-bains ; le prince Alexandre Walewski, fils naturel de Napoléon, achète un terrain à Amphion, à côté de la ferme du Pré Curieux, sur les bords du Léman. Il y fait construire un chalet, nommé « Irène » si luxueux qu’il est aussi appelé « Le château ». En 1968 il est à Evian lorsqu’il écrit une lettre à Charles, son petit fils ; le projet de rapprochement élaboré l’année précédente des intérêts de la ville d’Evian, de la société Cachat, de la société Bonnevie et de Thonon sur l’exploitation communes des eaux alcalines du Chablais est abandonné, faute de pouvoir réunir le capital escompté ; la société Bonnevie fait construire un Casino avec un café-restaurant sur le terrain de Blonay. L’inauguration a lieu le 15 août 1865. La saison s’étire jusqu’en octobre avec une fréquentation de 3200 touristes à Evian ; les hospices légué par la demoiselle Pernette Grenat, sont restaurés par Viollet Leduc et la mairie y est installée ;

1866 : les attaques fusent contre le succès de la ville d’Evian : »A Evian, on ne se préoccupe pas d’abord des personnes… mais on fixe son attention sur le nombre de malles qui les suivent, sur leur grosseur et autres indices qui dénotent la qualité des personnages. » écrit Anthony Dessaix « Nymphes des eaux, 3 août (cité par Paul Piro si Evian m’était conté) ; la société Bonnevie est au coeur des critiques. Elle ne prospère pas. Les livraisons ne suivent pas les commandes ;

1867 : la société des eaux devient Société anonyme des eaux minérales d’Evian (A.Duplan) le 24 juillet. Rachat de la Société Bonnevie mise en liquidation en juillet – qui exploitait la source éponyme (ou dite source de Gallaz), par la société SAEME ; Gustave Girod, banquier parisien, achète le terrain du « grand pré curieux », voisin du « pré riant », puis la ferme qui appartenait à la famille Pélissier ; inauguration du chalet-casino d’Evian-les-bains (source Bonnevie) le 30 juin. Le chalet est tenu par M. Merminot (référence Le Léman 29 juin 1867);

1868 : Jules Guyot, médecin et physicien français, fait une dégustation des vins d’Evian et déclare : « Les vins des crosses d’Évian sont blancs, légers et ils sont aussi sains qu’agréables… Les habitants préfèrent beaucoup leurs vins à leurs eaux qui sont pourtant des plus séduisantes. » ; inauguration de l’hôtel Continental ; la société des eaux minérales de Cachat modifie ses statuts et sa raison sociale (22/10). Maintenant qu’elle n’a plus de concurrence, et la loi française étant désormais la référence, il fallait se mettre en règle ; le siège social est transféré de Genève à Evian : la Société anonyme des Eaux Minérales d’Evian voit le jour : SAEME ; la presse suisse pousse Evian à la rénovation : « Evian a un air de vétusté et d’Ancien Régime » critique un auteur Genevois ; le phare est élevé sur la jetée ;

1869 : Baron Louis Joseph Ennemond de Blonay (1838-1878 – wikipedia) devient maire d’Evian (à 1878) ; à cette époque, la ville est propriétaire de plusieurs sources : source du Lavoir (dite Grande Source), source du Miat, source de l’hôpital (dite source de Clermont), source des cordeliers (dite source du coffre, ancienne fontaine Sainte-Catherine) ; la SAEME devient propriétaire de la source Vignier et de la source Montmasson. Elle a un capital de 500000 francs ; aménagement du premier quai à Evian. Ce premier quai va de l’entrée du port au château de Blonay ; au coeur de la nouvelle affaire, le financier Alfred André fait appel à ses relations avec la banque protestante pour investir dans la Société des eaux ; la municipalité conçoit le projet de faire la demande au gouvernement de pouvoir ouvrir un établissement de jeux, qui serait fermé à la population locale. En novembre, la concession est faite. Le conseiller municipal Taberlet, docteur et député, qui prend la direction de l’affaire. Il dispose également d’une source alcaline, la source du Lavoir, proche du Nant d’Enfer. La contre-attaque ne se fait pas attendre : la Société Cachat achète un terrain d’émergence de la source du Lavoir, le jardin Blanc Pélissier et porte l’affaire en justice. pour contourner la stratégie de son concurrent, la mairie déclare qu’elle utilisera la source de la fontaine du marché, dite du Miat ; Grégoire Bibesco-Bassaraba de Brancovan achète la villa Irène ayant appartenu à Alexandre Walewski. L’aménagement : pavillon pour les invités, port de plaisance, courts de tennis, vaut à l’endroit l’appellation de « château »

1870 : le chalet des bains de la source Bonnevie est fermé au public et transformé en buanderie ; la SAEME reçoit l’approbation impériale le 1er février ; c’est la proclamation de la république qui suit la déchéance de Napoléon III. La ville fait basculer sa reconnaissance toponymique et le boulevard est rebaptisé Blonay ;

1873 : la municipalité inaugure son casino le 4 juillet, mais les autorisations ne sont pas au rendez-vous ;

1875 : la fanfare d’Evian est financée par la ville, par décision du 16 mai ; la municipalité dépose une demande d’exploitation de la source du Lavoir (Grande Source) et de celle du Miat (place de l’Eglise). Il faut l’autorisation de l’académie de médecine qui lui est refusée. La municipalité ouvre quand même ses bains, douches, casino, buvettes dans les immeubles et jardins légués par Blonay, là où se trouve désormais le casino, le théâtre et les brasseries attenantes ;

1876 : Le baron de Blonay met en vente ses meubles et tableaux de son château d’Evian (Le Léman, 5 nov.) ; intégration de Vinzier dans le pays de Gavot ;

1877 : le baron de Blonay lègue à la ville son château qui deviendra le casino d’Evian et un lieu de thermalisme concurrent de la SAEME. Le casino est installé en juin (référence Le Léman) et inauguré en juillet ; le concessionnaire du casino, Louis Gustave de Sallier-Dupin, se déclare en faillite à la fin de la saison ; Blonay reprend immédiatement l’affaire ;

1878 : création des Bains municipaux et du casino ; le baron de Blonay meurt sans postérité (16/08, à peine 40 ans, d’une crise cardiaque). Sa soeur, Claire de Blonay épouse d’Emilien Galien de Chabons, est héritière. Un testament de Bonay fait de la ville son héritière universelle. Le secrétaire de mairie Charles-Albert Besson (futur maire de 1892 à 1900 et directeur de la société des eaux) est l’administrateur de la succession. Le passif de la succession est de 350000 frs pour un actif de 420000 frs ; La ville trouve un arrangement avec la soeur de Blonay en lui achetant le château de Maxilly ; Victor Barbier, auteur de La Savoie thermale et minérale, recense 74 sources en Savoie et observent qu’un grand nombre est inexploité ; l’académie de médecine reconnait les effets curatifs de l’eau d’Evian et le ministère de la santé autorise sa mise en bouteille ;

1879 : Edouard Andrier devient maire (à 1881) ; un administrateur, Antoine Jambon, se met à la destiné du complexe mis en place par la ville ; la société des eaux engage une procédure contre la ville concernant le droit de jouissance de la source des cordeliers (source du coffre) ;

1880 : construction de la gare d’Evian et découverte sur le chantier d’un cimetière Burgonde ; la société des eaux engage une nouvelle procédure contra la ville qui lui refuse la reconnaissance d’intérêt public laquelle lui permettrait d’obtenir un périmètre de protection autour de la source Cachat ; Richard Pictet remplace Alfred Vignier à la présidence de la société des eaux ; les ventes des eaux dépassent les 100000 litres

1881 : la ville d’Evian vend le château de Maxilly pour rééquilibrer ses comptes ; la société des eaux est achetée par un groupe de banquiers, parmi lesquels Alfred André et Gustave Girod, dirigeants de la banque privée qui deviendra Neuflize-Schlumberger. Girod a déjà un pied à Evian avec la ferme du Pré-Curieux qu’il a transformé en villa. Le siège de la société des eaux est transféré de Genève à Paris. Alfred André fait appel à ses relations dans la banque protestante. Il remplace Richard Pictet à la présidence de la société des eaux. Dans la foulée, le comptoir d’Escompte de Paris devient un acteur financier de la société.

1882 : Eugène Briguet devient maire (à 1884) ; 1er juin 1882, ouverture de la ligne de chemin de fer entre Thonon-les-Bains et Évian-les-Bains, par le PLM. Evian est reliée à Longeray ; Eugène Briguet fait face à une offensive de la part de la société des eaux qui cherche à empêcher l’exploitation des sources de la ville par la municipalité ;

1883 : construction du Théâtre (inauguré en 1885), œuvre d’art néo-classique. Architecte Jules Clerc, élève de Charles Garnier (Opéra de Paris). Une passerelle permet de passer discrètement ou/et en grande toilette, du théâtre au casino ; agrandissement du Grand Hôtel des bains – ajout de trois ailes ; 23 novembre : collision entre les vapeurs Le Rhône et Le Cygne (en direction d’Evian). Le vapeur Le Rhône coule par 200 mètres. Cet accident fait 11 morts.

1884 : Albert Duplan devient maire (à 1889). Le député André Follier se démène auprès du gouvernement. La municipalité obtient l’autorisation d’exploiter pour la source de Clermont (l’hôpital) et la source du Coffre (Cordeliers). Le maire déclare que « On ne pourra jamais dire que c’est le capital qui fait la loi et que cette loi du capital dirige tout et foule aux pieds les intérêts de tout un pays » ; le directeur administratif de la société des eaux, Charles-Albert Besson, remplace le directeur le docteur Owen Macquaide qui est soupçonné de malversations. Rapidement, il se lance aussi en politique et dynamise une opposition sans relâche contre les projets de la ville ;

1885 : le quai Napoléon III est prolongé jusqu’à la place de la porte d’Allinge ; construction de la villa qui deviendra celle de la famille Lumière, puis l’hôtel de ville. Le premier propriétaire décède avant la fin des travaux et sa veuve ne les poursuit pas. Elle meurt en 1896 ; la Compagnie générale de navigation sur le lac Léman construit un bateau qu’elle nomme « La Ville d’Évian » (1885-1901) ; installation de l’orgue dans l’église notre dame de l’Assomption ; le casino de la municipalité est inauguré et sera agrandi en 1899 ; des travaux commencent dans la colline du parc du « grand hôtel des bains », conduit par l’ingénieur Chappuis, pour accéder au gisement géologique des eaux de la sources Cachat ; la ville compte 3.000 habitants ;

1886 : le château de Fonbonne est transformé en hôtel. L’architecte Charles Garnier réalise la restauration de quelques pièces en suivant les indications de Viollet Leduc ; 1er juin 1886 mise en service de la ligne du Tonkin, reliant Évian-les-Bains à Saint-Gingolph, par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) ;

1888 : Jean Eiffel vient à Evian (août) ; les amis du prince Grégoire Bibesco-Bassaraba de Brancovan (Cracovie 1827 – Paris 1886) lui font ériger un buste à proximité du phare, à l’entrée du jardin anglais ; le train relie Evian à Genève-eaux-vives ;

1889 : François Grivel devient maire (à 1892) ; Charles-Albert Besson, directeur général de la société des eaux devient membre du conseil municipal ; les ventes des eaux d’Evian sont de 420000 litres ; la municipalité initie une procédure qu’elle arrêtera contre la société des eaux qui utilise sans autorisation les armoiries de la ville sur son stand de l’exposition universelle (Le Griffon 09/1957 – Le Funiculaire d’Evian) ;

1890 : construction d’un embarcadère mieux adapté à l’augmentation des passagers ; construction du château de Martelay ;

1891 : transfert de l’embouteillage des eaux de la rue nationale à l’avenue des sources ; le maire et le directeur de la société des eaux s’entendent pour que cette dernière administre le casino, le théâtre et les sources de la ville. L’accord fait polémique au sein de la municipalité ;

La Sasson, allégorie du rattachement de la Savoie à la France en 1792

La Sasson, allégorie du rattachement de la Savoie à la France en 1792

1892 : inauguration de la statue allégorique La Sasson à Chambéry, par le président de la République Sadi Carnot lors des cérémonies du centenaire du rattachement de la Savoie à la France le 27 novembre 1792, lors de la révolution française ;

1892 : François Grivel démissionne et Charles-Albert Besson, directeur général de la société des eaux, devient maire (réélu en 1896 pour un second mandat de 4 ans, soit à 1900) ; la municipalité trouve un accord avec la société des eaux, ce qui met un terme à plusieurs années de concurrence effrénée sur l’exploitation des eaux . Par cette convention d’une durée de 75 ans,reconduite et souvent âprement négociée, remise en cause, voire lardée – avec une reconduite jusqu’en 2027 (également mise en cause), la ville concède l’exploitation du casino et des sources à la société des eaux ; la SAEME doit verser un loyer fixe et une part proportionnelle égale à 10% des versements aux actionnaires ; des propositions sont faites pour créer un moyen de transport des baigneurs vers l’hôtel en hauteur ; le Baron Jonas Vitta, banquier et soyeux lyonnais, se fait construire une résidence au bord du lac, la Sapinière. Architecte : Jean Camille Formigé ; les ventes de bouteille (qui se comptaient en contenants ou cols) dépassent le million ;

1893 : le quart de la ville (107 ha) est composé de vignes – conseil municipal du 7 mai 1893 (cité dans Le funiculaire d’Evian, de Jean-Bernard Lemoine et Marcel Willems. Ed. Evian. 2002). Alfred André meurt en janvier, et son neveu le baron de Neuflize prend la direction de la société des eaux ;

1894 : un cours de tennis est inauguré sur le jardin anglais

1895 : perçage d’un tunnel de 150 mètres, sous le coteau que couronne le Grand Hôtel des bains (Le Léman 24 mars) ; l’Hôtel de Paris (voisin de l’actuel hôtel de ville) est mis en vente ;

1896 : Antoine Lumière achète la villa en travaux située face au Léman. Elle devient la « Villa Lumière » ; la Sapinière est achevée avec des oeuvres d’Auguste Rodin, de Jules Chéret, d’Alexandre Charpentier et de nombreux ébénistes : Félix Bracquemond, Paul-ALbert Besnard, Georges Gardet ; Albert Duplan, l’ancien maire, publie un ouvrage sur « l’hôpital d’Evian », situé à l’époque en bas de la rue de Clermont. L’auteur en profite pour faire une incitation à la création d’un hôpital plus adapté aux nouveaux besoins de la communauté : « Nous avons le ferme espoir que bientôt s’élèvera dans notre chère cité un établissement digne d’elle… » ; les eaux sont commercialisées en demi-litre ; un concurrent de la société des eaux obtient les autorisations d’exploitation de la source Première ;

1897 : Antoine Lumière achète trois maisons et deux hôtels voisins de sa ville, l’hôtel de Paris au sud et l’hôtel Beau Rivage à l’ouest ; la source des Grottes est déclarée alcaline et c’est un nouveau concurrent qui vient sur le marché de la société des eaux :

1898 : la lumière électrique est installée à Evian sur toutes les voies publiques (deli. du25/05/98 – Le Funiculaire d’Evian p.20) ; création du tramway électrique, nommé le « Patache », ouvert en mai (il est arrêté en 1907) , pour assurer le trajet cour mais très dénivelé jusqu’au Grand hôtel des bains (300 mètres) ; l’architecte Ernest Brunnarius conduit les travaux de modernisation de l’Hôtel des bains qui est nommé Hôtel Splendide et inauguré en juillet ; ouverture d’un nouvel hôpital sur la route d’Abondance ; les hospices offerts par Joseph Bugniet sont rasés et l’établissement thermal des Bains d’Evian sont construits au même endroit ; la « Villa Lumière » est achevée ; Antoine Lumièren fait démolir les maisons voisines des hôtels qu’il a achetées et agrandir les hôtels regroupés en un seul sous le nom d’Hôtel de Paris et Beau Rivage ; la direction de l’hospice de l’avenue d’Abondance est confiée aux religieuses ; le quai est prolongé dans l’est de la ville, jusqu’au niveau du jardin anglais ; grâce au forage sur le gisement géologique, le débit du captage est de 488 litres/minutes ; les ventes des eaux dépassent les deux millions de bouteilles, ce qui vaut un jour de congé au personnel de la société des eaux ;

1899 : construction du bâtiment de la manutention, pour l’embouteillage de l’eau de la source Cachat. Ce bâtiment deviendra le siège de la société puis sera vendu à la ville. Des visites sont organisées dès l’année suivante à l’attention des baigneurs pour montrer la pureté de l’eau embouteillée ; le Nant d’Enfer est couvert ; Antoine Lumière fait ouvrir l’hôtel de Paris et Beau rivage. Au cours de la deuxième moitié du 20e siècle, l’ensemble est transformé en appartements à l’exception de la salle à manger et de la terrasse où est construit un restaurant (référence Monument de France) ; le casino est agrandi en intégrant le château voisin juste à l’ouest, le château des comtes de Drée – ce qui renvoie en Saône-et-Loire – ou plutôt de Dérée ou Dhérée, qui reste une famille des environs d’Evian)

Dates et évènements à Evian-les-bains, du XVIII° au XIX° siècle

A propos de l'auteur

Initiateur de la médiation professionnelle et du droit à la médiation, auteur de Pratique de la médiation professionnelle (ed. ESF) ; Et tu deviendras médiateur et peut-être philisophe (ed. Médiateur) ; Code de la médiation (ed.Médiateur)

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