Histoire du thermalisme d’Evian et d’ailleurs, et la toilette d’une civilisation

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Le thermalisme correspond à un renouveau de la civilisation occidentale. Son histoire n’est pas d’une seule traite. Le thermalisme a connu une grande période de vacuité.

On parle des thermes romains, mais les Grecs en avaient déjà. D’ailleurs, les plus anciens dateraient d’au moins 2500 ans. En réalité, la motivation du thermalisme antique n’est pas la même que celle qui en a fait la renaissance. Le thermalisme moderne s’est accompagné d’une véritable toilette de la civilisation.

Si, initialement, les thermes semblent avoir été conçus comme un environnement de plaisir et d’hygiène, le rapport a pu s’inverser lors de l’observation des conséquences de la négligence de l’hygiène sur la santé. C’est ainsi que la prescription du thermalisme est devenue médicale, avec la célèbre « cure thermale » alors qu’historiquement on venait aux thermes pour y faire société. Néanmoins, fortes de la prescription sur ordonnance, les villes thermales ont à réactivé le système romain, pour entraîner les curistes à venir faire société, comme à Evian où les intérêts d’un réseau de médecins étaient croisés avec ceux de la société des eaux.

Certes, à l’époque romaine, on ne se mélangeait guère entre gens de classes différentes. Toutefois, il y avait des thermes pour tout le monde, construits avec des finances publiques et gratuits – rares étaient les thermes payants. Ces lieux étaient dédiés autant à l’hygiène qu’à la sociabilité. On n’imagine guère maintenant prendre son bain en public. Oui, les piscines, mais on ne s’y lave pas ensemble. Les thermes étaient des lieux de discussion et même de rencontre. Les premiers siècles de l’ère chrétienne, avant la chute de Rome, ont vu apparaître les thermes mixtes. Et ce fut la période des « grandes invasions », l’effondrement de l’empire romain avec la montée du christianisme, accompagné du fanatisme religieux qui a enfoncé le monde dans l’ignorance. C’est le principe même de la prédominance religieuse : détruire les différences, balayer les connaissances, enfermer chacun dans un mysticisme, imposer des croyances. Avec la disparition du thermalisme, l’hygiène a été négligée et les maladies se sont propagées parfois à si grande vitesse que des populations entières ont été décimées.

Des siècles se sont écoulés avant que la science vienne au secours de l’organisation. Plus d’un millénaire. Simultanément, la structuration de la pensée par la raison a bouleversé le rapport à la vie. L’impulsion des passions peut être contrôlée, dit Descartes. C’est l’avènement des sciences et des techniques. Le thermalisme revient par la porte de la santé pour le plaisir de ses pratiquants.

Le thermalisme se développe au XVIII° siècle, avec ce rapport à la prise de conscience du lien entre l’eau et la maladie.

En France, un ensemble de circonstances va favoriser la montée du thermalisme : la sortie de l’obscurantisme, avec comme conséquence la compréhension que le manque d’hygiène provoque des maladies, l’établissement de la corrélation entre l’eau consommée et la manifestation de fièvres et autres troubles. Où donc trouver de l’eau qui serait d’une telle pureté que l’on serait sûr de ne pas risquer de contracter quoi que ce soit ?

La correspondance des périodes est là : grande période de montée du rationalisme, de l’exécution de Giordano Bruno à la révolution Française. Le thermalisme arrive comme une réponse à l’identification scientifique de la cause d’un grand nombre de maladies dues à la consommation de l’eau non potable. Choléra, poliomyélite, dysenteries, diarrhées infantiles, parasitoses intestinales (anguillulose, ankylostomiase), ascaridiose, bilharziose, tétanos. Maladies dermatologiques : gales, poux ; et ophtalmologiques : la conjonctivite, cataracte…

En 1604, sous Henri IV, la première Charte des eaux minérales est adoptée en France. La civilisation va commencer sa toilette.

Partout, l’eau est polluée par le bétail et le rejet de tous les excréments des uns et des autres. L’idée que l’eau peut être d’une grande pureté prise dans les sources de montagne va conduire à la création des stations thermales. La révolution chasse un certain nombre de nobles de chez eux et l’un d’eux va faire de sa fuite une aventure thermale. Il arrive à Evian avec famille et bagages. Il s’appelle Jean Charles de Laizer, un petit noble d’Auvergne. Il trouve refuge chez un membre du comité révolutionnaire de l’Allobrogie, l’ancienne Savoie. Son protecteur s’appelle Gabriel Cachat. L’eau du jardin est ici plus sûre que partout ailleurs. Le fuyard a des troubles de santé et sa consommation d’eau saine lui fait passer ses souffrances. C’est le début de la légende de l’eau d’Evian. C’est le début d’une aventure économique qui va propulser l’eau d’une petite source au plus haut sommet de la célébrité mondiale.

Avant, Evian ? C’était une petite cité où déjà on venait de loin, d’Angleterre même, et de bien d’autres pays. Que venait-on y faire ? La fête ! Oui, des fêtes. On y venait pour s’encanailler discrètement, dans un endroit serein, discret, jouir des plaisirs de la vie arrosés d’un vin qui faisait l’unanimité, qui est remis sur l’avant de la scène avec le Coteaux d’Evian.

Dans le festival du thermalisme, la France semblerait arriver en premier, mais l’Italie et l’Allemagne arrivent en tête. En Angleterre, les thermes de Bath rappellent l’antique présence romaine. Le Japon a également un pratique du thermalisme avec les « Onsen ».

A propos de l'auteur

Cité d'Evian est un projet rédactionnel de médiation citoyenne. Il est conçu dans une démarche contributive de développement des initiatives et des projets, visant à concilier objectifs économiques et mieux vivre ensemble.

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