Évian, à la source de son nom qui évoquait peut-être l’hospitalité

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Les documents réunis ici ne permettent pas d’avoir une certitude quant à l’étymologie du nom d’Evian. Ce toponyme peut tout aussi bien provenir d’un nom de famille ou d’une spécificité locale qui pourrait qualifier un comportement ou une production.

Sur des cartes anciennes, les géographes écrivaient le nom de la ville « FUIAN ». Pour faire Evian, il a donc fallu que le « F » évolue en « E » et le « U » en « V »…

Pour ce qui est du rapport avec l’eau, l’identité aquatique d’Evian a été façonnée depuis le XVIII° siècle. Avant, la richesse de la bourgade et de son canton, comme en témoignent de nombreux écrits, était liée à la viticulture. Mais rien ne permet de rattacher le mot Evian à celui du vin.

Le nom d’Evian pourrait bien venir de l’empereur romain Jovian ou Jovien (332-364), successeur de Julien, qui serait passé par là, selon ce que rapportait en 1860 Alfred de Bougy.

Ainsi, il est possible que le nom vienne d’une déformation du nom d’un empereur, mais il l’est tout autant qu’il provienne du nom des habitants d’une famille locale, les Vian ou de la qualification d’un contexte ou d’un comportement.  » Y vian  » est lisible sur une carte de 1570. L’expression latine « extra viam » pourrait aussi être à l’origine. Elle signifie « hors de la voie », sachant que la voie romaine passait au dessus de la petite cité située en contrebas, au bord du Léman.

Un lien sémantique est fait tardivement avec l’eau, sur une carte du début du XVII° siècle, où le nom d’Evian est associé à Aquianum – Evian olim (autrefois) Aquianum.

La version officielle affirme un lien avec l’eau. On puise partout, même dans des sources lombardes. La mairie d’Évian, en partenariat avec le CAUE74, « Architecture d’Évian, un patrimoine source d’avenir » (p.3, Janvier 2007), publie le texte suivant, plus affirmatif que démonbstratif :

« A l’époque romaine, d’Évian se trouve sur une route reliant la Gaule à l’Italie par le col du Grand Saint-Bernard. Elle constitue alors un gîte d’étape pour les bateliers, les marchands circulant en direction du col avec leurs bêtes, les soldats et les pèlerins faisant le voyage vers Agaune (Saint-Maurice) pour aller se recueillir sur le tombeau des martyrs thébains. Le nom même de la ville n’apparaissant pas à l’époque romaine, on ne peut se baser que sur l’appellation latine du Moyen-Age, Aquianum, en 1150. On pourrait remonter à un Ewa, l’eau en celtique, en se basant sur la ville, port d’étape pour les bateliers. Au XIIe siècle se succèdent les noms d’Eviano, Aiviano, Aivian puis Aquiano en 1219, qui signifie « surgi de l’eau ».

« L’appellation d’Ayviens date de 1420, suivie de Vian, les Vians et, au XVIe siècle, d’Eyviens. Cette étymologie illustre, de manière évidente, la relation entre le site et l’eau.

« Une autre hypothèse de Jean-Yves Mariotte, ancien directeur des Archives de Haute-Savoie, donne à Évian une origine burgonde : à Evi, le nom d’un homme, on aurait ajouté la terminaison locative burgonde « An ». La découverte d’un cimetière burgonde, au moment de la construction de la gare en 1880, rend plausible cette hypothèse. »

Henri Baud et Jean Yves Mariotte fournissent l’argument dans un ouvrage publié en 1980, intitulé « Histoire des communes savoyardes. [Haute-Savoie]: Le Chablais, Volume 1 », page 357 :

« Le nom d’Évian vient du vieux français « Eve », « eau ». On le trouve pour la première fois transcrit phonétiquement en 1150 :  » (de) Aviano, en 1268, Yvians. »

Un lien avec l’eau établi d’opportunité

Le lien fait avec l’eau est une complaisance ou une opportunité. « Vian » s’associe à l’époque – XII° siècle – à un patronyme que l’on retrouve pour désigner des gens hospitaliers.

Cependant, nombre d’auteurs répètent ce qu’ils ont lu chez les uns ou les autres sans plus de références historiques. Parallèlement, la société des eaux s’est développée et a créé de nombreuses histoires miraculeuses. Ainsi, sur le site officiel de la mairie d’Eveux (Rhône), on peut lire sur la page « un peu d’histoire » :

« Eveux a certainement son nom issu du mot latin « aqua » qui, par relâchement de l’articulation, est devenu « ewe » en langue romane (aqua->agwa->egwa->êwa->êwe->eaue->eau) ; et a donné l’ancien adjectif « éveux » qui signifiait « humide »pour un terrain (comme est issu du vieux français, Evian, nom d’une ville célèbre pour son eau).»

Dessaix, dans son Histoire d’Evian et du Chablais (1817-1870), adhère à cette thèse :

« Evian vient du mot patois évoua que les romains ont traduit par Aquianum.» (p.43). Il faut convenir que c’est un peu rapide comme affirmation. 

Et si le nom d’Evian venait d’Epaone ?

Il existe encore une toute autre version, avec un lien entre Epaone, rendue célébre en 517 avec le fameux concile catholique et la ville d’Évian. Les évêques voulaient décider des suites à donner à la conversion de Sigismond (futur saint), le roi Burgonde (de 516 à 523). L’Histoire se tissait.

Tout cela commence à en faire une cité légendaire qui a peut-être accueilli à cette époque son premier congrès…

Évian, à la source de son nom qui évoquait peut-être l’hospitalité

Comme indiqué plus haut, il est possible de rechercher l’origine du nom dans la fréquentation des lieux par un ensemble de personnes portant le même nom, de type tribal. « Vian » est toujours très répandu en Lombardie, région de l’ancien duché de Milan, liée à la Savoie dès le XII° siècle, avec Amédée III, lequel s’était fait duc de Lombardie et duc de Chablais.

« Y Vian » que l’on trouve mentionné sur d’anciennes cartes pourrait bien désigner une cité habitée par les « Vian » et simultanément indiquer le caractère hospitalier des habitants. Il est clair que pour une société qui veut promouvoir l’identité de l’eau, ce n’est pas très marketing que de raconter l’histoire en référence avec une famille dont le nom serait Vian. Raconter qu’Evian provient d’un mot qui signifie « eau » apparait bien plus évocateur. L’abandon du nom de la source de la famille Cachat procède de la même logique…

Impossible alors de ne pas penser à Boris Vian…

Un rapport avec les Saxons, les chevaliers de la table ronde et la fée Viviane ?

Pourquoi pas aussi un conte ? Une légende ? Il est aussi encore tout aussi vraisemblable que le mot « Vian » provienne de l’aphérèse de « Vivien » (Vivienne / Vivianne), latin Vivianus. Dans cette même idée, les noms Viannay, Viannet y seraient associés, d’autant qu’ils sont encore répandus localement, et sont considérés comme ayant pour origine le diminutif du prénom Vivian devenu Vian par amuïssement du « v », ce qui pourrait aussi abonder dans le sens de la thèse de la famille Vian, selon l’hypothèse mentionnée plus haut..

Il n’est pas trop lointain de signaler que la Dame du lac, du cycle Arthurien (VI° siècle), a pour nom la fée Vivianne. A cette période, les Saxons étaient répandus sur toute cette région, et durablement, expliquant les échanges de toute nature entre ces contrées éloignées. Les historiens du XIX° ont d’ailleurs attribué une origine saxonne à Humbert 1er, fondateur de la maison de Savoie. Évian pourrait ainsi trouver l’origine de son nom dans ce lien avec le cycle arthurien, la fée Vivianne surgie de l’eau … Pourquoi pas, tant qu’à faire dans la légende.

Des viviers pour les poissons à Évian…

Bien moins légendaire, dans le genre consonance, on peut également observer qu’à Évian, le château avait ses propres viviers de poissons. Cet ensemble phonétique peut expliquer qu’à un moment donné, un nom s’impose sans que l’on puisse expliquer pourquoi.

Un peu de tout cela et au XIII° ou XIV° siècle, Evian était adopté.

En 1860, Napoléon, venu avec son épouse, autorise la commune à ajouter « les-bains » à Évian, pour lui permettre de se faire mieux connaître en tant que ville thermale. Voir article sur l’origine du blason et des logos d’Évian

 

Evian, pour le sens de l’hospitalité ?

En considérant que le nom pourrait provenir tout simplement de « Y vian », comme mentionné sur la carte de 1570, et en recherchant sur le sens de « Vian« , on trouve l’idée d’hospitalité. C’est sur cette note qu’il m’est agréable de conclure, parce que précisément Evian a su faire preuve de ce sens de l’accueil à plusieurs reprises au cours de l’Histoire.

Rien à voir avec :

  • Anagramme d’Évian : naïve, aviné, avine, envia, veina, vaine

Voir aussi :

A propos de l'auteur

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