Petite histoire du casino d’Evian-les-bains

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Pour raconter l’histoire du casino d’Evian, il faut présenter plusieurs histoires, celle du thermalisme, celle des maisons de jeux, celle de la Savoie, ballotée entre despotisme et démocratie balbutiante, celle des affaires personnelles d’une famille féodale en extinction mélangée avec les affaires publiques et faire un peu de géopolitique locale.

Commençons par là. La première implantation d’une maison de jeux dans le canton d’Evian a vraisemblablement eu lieu à Amphion, sur une propriété limitrophe régie par la ville d’Evian. C’était à l’époque de la mode des eaux ferrugineuses. Amphion faisait de la publicité jusqu’à Paris. Au nom d’une nouvelle médecine, avec promesses et espoirs, on venait de loin pour en boire. Des traces ont été conservées de la présence d’un casino en lieu et place de ce qui est devenu et est encore l’hôtel des Princes. Hé oui, en 1787, le 23 juin, Evian a eu sa propre maison de jeux, mais sur la commune d’Amphion.

Toutefois, avec la découverte des eaux minérales et la détermination conjuguée des dirigeants de la société des eaux d’Evian et des représentants politiques locaux, Evian a rapidement supplantée Amphion et cherché à faire venir le casino dans son centre. Louis Joseph Ennemond de Blonay, dernier de la lignée avec un reste de patrimoine bien situé sur les berges du Léman, qui était maire et en faillite, a été l’artisan de l’implantation de ce casino dans son propre château…

 

La période était très instable. L’incertitude politique et l’insécurité économique n’empêchaient pas la prise d’initiative et de développement de grandes entreprises. Cependant, un coup, les établissements de jeux sont fermées au nom de la révolution (1793), considérant qu’ils sont « sources de corruption et de cupidité » et ce sont des lieux où la crédulité humaine est fortement exploitée, un autre coup, c’est au nom de la religion en lutte contre les lieux de perdition et de dépravation que l’on en condamne les portes. Pendant toute une période, notamment entre 1851 et 1861, le casino tourne à Amphion, pour le compte de la ville d’Evian qui en a cédé la gérance, sans autorisation. Evian ne se montre pas obéissante. Un coup de force des autorités de l’Etat est nécessaire pour mettre un terme à l’infraction municipale très rentable. Pour Evian, ce n’est que partie remise.

Il faut attendre de nouveaux changements politiques pour relancer le projet d’un casino à Evian. L’instabilité dans ce domaine est telle que la ville peut rapidement s’y réatteler. Elle obtient gain de cause en 1869, grâce à l’entregent de Blonay, héritier d’un titre que la révolution avait balayé, mais restauré depuis. Il dépense sans compter, et sans héritier direct, le mieux pour sa sœur est qu’il fasse de la ville sa légataire universelle. L’arrangement sera finalisé après sa mort. Entre temps, il a installé un casino dans son vieux château. Les concessionnaires, dans un monde sans scrupule, craignant certainement que les autorisations ne durent pas, ont tiré vite de gros bénéfices de l’affaire, laquelle ne devient un peu plus juteuse pour la ville que lorsque la gérance est assurée en direct.

En 1870, la déchéance de l’empereur va bien à la commune reconnaissante. Le boulevard Napoléon III change de nom et prend celui de Blonay. En 1878, le baron meurt sans postérité mais avec énormément de dettes que la ville couvre. C’est le prix du tapis. Un arrangement est trouvé avec la proche famille. Le casino est municipal. Il est aussi doté d’un théâtre et avoisine bientôt un superbe bâtiment que d’aucuns appelleront « château de Bré » et qui devient hôtel de Paris.

Les aménagements de la ville sont multiples. Les quais sont élargis juste devant l’ancien château de Blonay, lequel est rasé en 1911 pour laisser sa place à l’édifice actuel, surmonté de sa coupole. On ne lésine pas. On réaménage aussi l’hôtel voisin qui est intégré dans l’alignement du boulevard.

Les plans sont de l’architecte Henri Martinet, qui a conçu ceux de l’Ermitage (1908). Le chantier aurait été confié à l’architecte Jean-Albert Hébrard, déjà maître d’œuvre de la buvette Cachat (1903) et de l’hôtel Royal (1909).

En 1911, un bâtiment en béton est construit à l’emplacement du château de Blonay, donné à la ville en 1877 en contrepartie des dettes du baron. La construction est réalisée selon les plans de l’architecte Martinet (cf. la documentation du casino) ; c’est à l’architecte Jean-Albert Hébrard qu’il revient d’avoir réalisé la construction de ce casino dans la tradition orientaliste. Il signe, en s’inspirant de la nef de Sainte-Sophie (Istambul), un des derniers manifestes du style néo-byzantin dans les constructions des villes thermales ;  le casino est relié au théâtre par une passerelle de discrétion et voisine un restaurant ;

En 1912, c’est l’inauguration du nouveau casino.

Pendant la première guerre, le lieu est mis à contribution pour recevoir les réfugiés chassés de chez eux par les allemands. Des centaines de milliers de personnes passeront par là et, dans un moment de dénuement, seront réconfortées avec l’eau d’Evian et la légende de la source Cachat. Avec probablement quelques verres d’un vin blanc local qui avait bonne réputation.

Plus tard, à l’intérieur, le casino connaît de nombreux ré-aménagements.

Le casino est d’abord municipal. Puis, la ville confie à la société des eaux, désormais sous la houlette de Danone, l’avantage de tirer des bénéfices de l’affaire. Le partenariat est souvent très chahuté, la municipalité n’ayant pas une conception unanime sur la conduite des intérêts particuliers et des intérêts collectifs…

En 2014, le Casino d’Evian possède quelques 250 machines à sous, 9 jeux de tables, 5 bars, brasseries et restaurants. Des salons sont à la disposition des clients pour des séminaires, cérémonies et évènements privés ou publics. Le casino est géré par Évian Resort, propriété du groupe Danone.

L’Histoire est encore en train de se tisser…

A propos de l'auteur

Cité d'Evian est un projet rédactionnel de médiation citoyenne. Il est conçu dans une démarche contributive de développement des initiatives et des projets, visant à concilier objectifs économiques et mieux vivre ensemble.

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