Gabriel Cachat, une célébrité sans fortune – inventeur de l’eau d’Evian

2

Gabriel Cachat, avec l’eau d’Evian, a atteint une célébrité à travers plusieurs générations. Nul autre a connu une pareille renommée. L’eau d’Evian, de la source Cachat, c’est encore sur les bouteilles, même si la source ne débite plus guère. C’est comme pour Coca, la recette est désormais confidentielle, à défaut d’être complètement secrète.

A regarder la carte du cadastre des années 1730, la famille Cachat faisait partie des petits propriétaires terriens et viticulteurs d’Evian. Avant la révolution, cette famille vit aussi du commerce des produits taxés. Elle possède plusieurs maisons, comme Cadet Roussel, au moins trois, et elle vit proche du bourg, non loin de l’Eglise du haut, l’Eglise sainte-Catherine.

L’onde de choc révolutionnaire française traverse de nombreuses frontières. Elle parvient en Savoie et y secoue l’édifice patiemment construit de génération en génération par quelques despotes. Ces derniers se sont transmis un sentiment de légitimité et nombreux sont ceux qui ne savent pas ce qui est vrai dans tout cela. Pourtant, la malvie pousse fort et les nantis sont invités à partir. Poussés dehors, mais avec quelques égards. Les descendants des Allobroges ne sont guère partisans de la brutalité parisienne ou lyonnaise. Néanmoins, la révolution se fait pressante et la noblesse ne tarde pas à se replier sur le Piémont voisin et à traverser le Léman. Soudain, l’armée révolutionnaire française est là.

Où donc est Cachat ? Un Cachat fait partie de ceux qui conduisent le comité révolutionnaire, certainement Gabriel. Il apparait dans les compte-rendus qui font état de représentants de l’ensemble des communes. Il est élu membre du comité de finances et de surveillance, en tant que représentant du Chablais. Il est là et participe certainement au vote pour prononcer la naissance de l’Allobrogie et marquer la fin du lien avec l’appropriation abusive des terres par quelques uns aux dépends du plus grand nombre.

Mais Cachat n’est pas un persécuteur. En 1789, il a déjà accueilli une famille de nobles en fuite. Il les aidera à traverser le Léman lors des furies de la révolution. Cette famille est celle de Laizer, un petit noble d’Auvergne. Il la reçoit chez lui, héberge la belle fille et son petit fils dans une autre de ses maisons. Le noble s’engage à lui rendre en centuple ce sauvetage. La mode est à l’eau dans le monde de la noblesse. Le vin saoule et l’eau est affirmée comme bonne pour la santé. Le premier est le breuvage du peuple, la seconde devient le breuvage de la noblesse. Déjà, l’eau d’Amphion est célèbre pour ses effets médicinaux. Laizer voudrait bien trouver un moyen de soigner une gravelle qui le persécute. Depuis des années, de petits cailloux le font gravement souffrir. L’eau d’Amphion n’y peut rien. Laizer affirme que l’eau de la source du jardin de Cachat lui a fait passer sa souffrance.

La révolution bat son plein. 1793 : on détruit l’église sainte-Catherine, on chasse tous ceux qui vivaient du travail des autres, seigneurs, nobles, religieux et gros propriétaires. On exproprie, on répartit les biens et les terres. Laizer doit fuir. Cachat aide ses protégés à passer en Suisse. C’est l’occasion pour Laizer de payer sa dette. Il se fait le représentant d’une fabuleuse histoire. Il témoigne auprès des autres réfugiés du bienfait de l’eau de la source Cachat. D’ailleurs, il passe commande en quantité et la fait goûter à ses proches. Il rencontre le baron local, Blonay, lui-même réfugié à Lausanne en attendant des jours meilleurs. Laizer n’a de cesse de vanter les effets de la source Cachat. Il va même jusqu’à raconter son histoire à des médecins qui lui fournissent autant d’attestations qu’il en demande. Là où les religieux y auraient vu un miracle, les hommes de la science naissante y voient un remède à tous les maux.

En peu de temps, vue de Lausanne, l’eau Cachat devient un symbole. Les nobles en boivent. De l’autre côté du lac, Cachat fait commerce du vin blanc de ses vignes tandis que l’eau de sa source traverse le lac.

La révolution se calme. En 1800, les Laizer peuvent revenir en France. De retour sur ses terres amputées d’un gros surplus réparti entre plusieurs paysans, Laizer maintient son engagement. Il poursuit sa promotion jusqu’à sa mort. La légende est lancée.

Mais l’affaire peut bien avoir eu cette légère teinte politique qui explique qu’au final Cachat y perdra tout.

En 1815, c’est le retour du duc de Savoie. Cachat va-t-il payer son implication, même peu dynamique, dans le comité révolutionnaire ? En moins de dix ans, son affaire passe aux mains de Fauconnet qui, quoiqu’étranger, reçoit toutes les autorisations d’exploitation de la source Cachat. La famille est mise face à une situation où elle ne peut rien faire. Peut-être criblée de dettes, elle accepte des conditions de vente et perd tout, jusqu’à ses exploitations voisines de la source. Elle accuse Fauconnet de l’avoir trompé. Il n’aurait pas tenu ses promesses de garantir un emploi aux enfants Cachat, dont le fils est devenu pharmacien dans la perspective de travailler dans l’entreprise paternelle. Le procès qu’elle tente pour ne pas perdre ses vignes lui absorbe le restant d’une fortune à jamais balayée.

Gabriel Cachat meurt très âgé, en mai 1851. Son nom ne lui appartient plus totalement. Il n’a plus rien et ne lègue rien non plus à sa famille. Cette année là, le petit fils de Laizer vient à Evian. Il écrit que les Cachat n’ont pas su gérer leur fortune en vantant la bonté de son grand-père. Il observe que la maison de Cachat où son aïeul a séjourné, est devenue un établissement thermal. Certainement celui de la rue des sources.

En 2014, l’eau d’Evian, tirée de l’impluvium sur plusieurs communes voisines, est embouteillée à Amphion. Elle voyage dans les airs pour être servie partout dans le monde et sa saga fait rêvée de nombreux hommes d’affaire.

A propos de l'auteur

Initiateur de la médiation professionnelle et du droit à la médiation, auteur de Pratique de la médiation professionnelle (ed. ESF) ; Et tu deviendras médiateur et peut-être philisophe (ed. Médiateur) ; Code de la médiation (ed.Médiateur)

2 commentaires

  1. MERCI DE CORRIGER LES PETITES FAUTES EN MAJUSCULES DE CET ARTICLE FORT INTÉRESSANT

    ………… ce qui est vrai dans tout cela. Pourtant, la malvie POUSSE fort et les nantis sont invités à partir. Poussés dehors, mais avec quelques égards. Les descendants des Allobroges

    La révolution bat son plein. 1793 : on détruit l’église sainte-Catherine, on chasse tous ceux qui vivaient du travail des autres, seigneurs, nobles, religieux et gros propriétaires. On exproprie, on RÉPARTIT les biens et les terres. Laizer doit fuir. Cachat aide ses protégés à passer en Suisse. C’est l’occasion pour Laizer de payer sa dette. Il se fait le représentant d’une fabuleuse

    médecins qui lui fournissent autant d’attestations qu’il en demande. Là où les religieux y auraient vu un miracle, les hommes de la science naissante y VOIENT un remède à tous les maux.

Réagir