Jean Escoubès : place du docteur Jean Escoubès, à Evian-les-bains

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A l’occasion du cinquantenaire de la mort de Jean Escoubès (né le 1er avril 1904 à Luppé-Violles (Gers) – décédé le 1er octobre 1964), voici les moments d’une vie qui ont fait de cet homme un acteur important de la cité évianaise. Il est fils d’Octave Escoubès et d’Aurélie Couécou. En 1931, il épouse Germaine Morand (1906-1947, Suisse). Ils ont six enfants : François (1932), Claire (1933), Bernard (1935), Bruno (1937) Martine (1942), nés à Genève, et Anne née à Evian (1944).

De naissance, il n’avait pas de raison de se retrouver à Evian. L’amour l’y a conduit et il y est resté. La guerre survenue, il s’est engagé dans la résistance. Par défi et jeu de mot, il a pris le pseudonyme « Balai », traduction du méridional de son nom de famille « escoube ». Homme de l’hombre pendant la guerre, il est très exposé de par sa profession à l’hôpital d’Evian où les relais de la résistance connaissaient son activité. En 1944, il est choisi pour présider le Comité de Libération d’Evian.

Il fait des études de médecine à l’école militaire de santé, à Lyon, prise en charge par l’école contre un engagement jusqu’en 1937.

Il devient médecin lieutenant et exerce d’abord à Nancy. Avec le Dr Chalnot, il devient chirurgien. Il passe un diplôme de médecine légale de psychiatrie et publie un ouvrage sur « Les abcès pulmonaires fétides et chroniques d’emblée ».

Les époux Escoubès sont chrétiens de gauche. Ils s’impliquent dans le mouvement du personnalisme de la revue Esprit fondée en 1932, dans le sillage d’Emmanuel Mounier (1905-1950), dont le siège était aux Murs Blancs, à Chatenay-Malabry. Les thèses de ce mouvement sont développées plus tard par Jacques Maritain.

 

1931 : thèse, de médecine, puis dans la même année, Jean Escoubès épouse Germaine Morand qui est suisse. Elle a suivi une formation de pédagogue à Genève, avec Piaget. Le père de Germaine, Albert Morand, est médecin à Hermance. La légende familiale dit qu’il aurait soigné Lénine pendant son séjour en Suisse et que celui-ci lui aurait laissé en remerciement son samovar. Il avait épousé Louise Romaine Ody. Germaine avait trois sœurs : Hélène, épouse Robadey, Madeleine épouse Arpin et Josette épouse Lachat. Le mariage de Jean Escoubès se fait en tenue militaire exigée par le ministre de la guerre, puisqu’il épousait une étrangère, l’armée voulant se faire une promotion lors de tous les évènements..

1937 : retour à la vie civile et installation à Evian. Jean Escoubès, chirurgien, obtient sa nomination à l’hôpital.

1938 : échec de la conférence à Evian sur la solution à trouver face aux persécutions des opposants politiques et des juifs par le régime nazi. Les époux Escoubès organisent en vain une contre-conférence au casino d’Evian.


Evian 1938, la conférence de la peur par La_Scam

1940 : Mobilisation au Fayet. Emile Allais, champion de ski alors célèbre, est le sergent infirmier au service de Jean Escoubès

1942 : La Savoie est occupée par les troupes de Mussolini. (qui avait revendiqué Nice, la Corse et la Savoie en 1939). Les Italiens occupent Evian. Jean Escoubès s’engage dans la résistance.

1943-1944 : (septembre) les Allemands entrent à Evian. Le docteur Jean Bernex, confrère de Jean Escoubès, est arrêté par la Gestapo et déporté. Il reviendra des camps. L’hôtel Royal et le Splendide sont transformés en hôpitaux pour les blessés allemands de retour du front russe. Dans toute la région, de nombreux combats sont menés par la résistance. Les Allemands procèdent par vengeance systématique. Le 17 septembre 1943, c’est le massacre de Bernex. De nombreuses rafles sont opérées à Margencel, Thonon, Perrinier, Sciez, Douvaine, Féternes, Loisin, Saint-Gingolph, Novel. Des exécutions sommaires ont lieu à Saint-Paul et Lugrin (20 mai 1944). Tout le Chablais est sous la pression de l’occupant.

1944 : (mai) Alleno Joseph Yves dit le Breton, entre dans le restaurant le Bourgogne et tire sur le représentant de l’armée allemande, un dénommé Reider, chargé de réquisitionner les hôtels d’Evian pour accueillir les SS blessés. L’attentat est manqué. L’occupant est légèrement blessé et le maquisard a été violemment frappé par le chauffeur de Reider. Emmené vers l’hôpital, Alleno est rattrapé. Il est torturé par la gestapo et achevé dans la grotte du parc de l’hôtel Splendide. Les temps deviennent de plus en plus violents pour tout le monde. Jean Escoubès met sa famille en sécurité . Il confie quatre de ses enfants à leur grand-mère suisse à Hermance et reste en France avec l’aîné François et la dernière qui vient de naître Anne.

1944 : 15 août, l’ordre de soulèvement est donné. Les Alliés ont débarqué en Provence. Bernard Epelbeim et Jean Escoubès engagent un dialogue avec l’occupant installé au Splendide. Des heures de pourparlers, des simulations d’une forte présence de maquisards dans les rues d’Evian et alentours, et le lendemain, ils obtiennent la reddition des Allemands sans coup de feu. Evian est libéré. Face au soulèvement simultané dans toute la région, l’occupant offre peu de résistance. Le train de la ligne du Tonkin (Evian-Saint-Gingolph) emporte l’ancien occupant vers les camps de prisonniers et revient avec les soldats français blessés.

Jean Escoubès est nommé président du comité de libération d’Evian. Son discours est un appel à la distinction entre le peuple allemand et le nazisme. Il se déclare opposé à la vengeance populaire (exécutions sommaires, femmes tondues…).

Témoignage de Lucien Picot, à l’époque inspecteur de police au commissariat d’Evian :

Les Allemands du Royal et du Splendide, désarmés, avaient été réunis et étaient gardés par une formation FFI en attendant leur transfert dans un camp de prisonniers. Les tractations en vue de ce départ durèrent quelques jours, puis immédiatement fut constitué un comité de libération avec le Docteur Escoubès, chirurgien à l’hôpital, Camille Blanc, (maire 1945-1961 assassiné par l’OAS), M. Lenoir, de la brasserie Helvétia, Lucien Bonnaz, Jean Combet (maire 1961-1971), Charles Chardon et quelques autres personnalités évianaises.

Citation de la publication de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (ANACR) (2013) – communiqué par François Escoubès :

Homme de gauche, de sensibilité chrétienne, Jean Escoubès n’accepte ni la capitulation, ni l’occupation. Dès les premiers maquis il rejoint la Résistance au sein de l’Armée Secrète (AS) puis des Francs Tireurs Partisans (FTP) et apporte son soutien aux maquisards blessés qu’il n’hésite pas à aller chercher lui même sur place, comme le 17 décembre 1943 à Bernex. Les blessés du maquis sont regroupés dans une chambre particulière de l’hôpital d’Evian alors que des miliciens sont soignés dans une autre partie de l’hôpital. Responsable de l’hôpital, il bénéficie de la complicité des religieuses infirmières qui travaillent avec lui.

 1945 : Jean Escoubès est chargé d’accueillir le Général de Gaulle à Annecy.

1946 : Jean Escoubès fonde la clinique du Chablais. Rachetée par la ville, elle sera détruite avec l’ancien collège du mur blanc pour la création du VVF.

1947 : Mort de sa femme Germaine.

1951 : Il épouse France Charuel (dite du Guérand)

1960 : il fait appel à l’architecte Novarina pour la réalisation de sa villa à Neuvecelle (Label XX°)

1961 : il apporte son soutien au Général de Gaulle pour la paix en Algérie

  • Pascale Escoubès (petite fille) est conseillère municipale à Evian-les-bains (PS) où elle exerce en tant qu’avocate inscrite au barreau de Thonon-les-bains.
  • Marc Pierre Escoubès (petit fils) est radiologue à Evian

Références

A propos de l'auteur

Initiateur de la médiation professionnelle et du droit à la médiation, auteur de Pratique de la médiation professionnelle (ed. ESF) ; Et tu deviendras médiateur et peut-être philisophe (ed. Médiateur) ; Code de la médiation (ed.Médiateur)

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